La Grande Guerre des Trois Gourous
- Yani Creation
- 30 juin
- 3 min de lecture

Pendant plusieurs années, Norbert, Larbi et Cazim réussirent à s’ignorer.
Certes, ils se détestaient.
Certes, ils qualifiaient régulièrement les enseignements des autres de « mensonges cosmiques », de « dérives énergétiques » ou de « catastrophe spirituelle ».
Mais chacun restait dans son coin.
Les réunions de Norbert était sur le comment quitter ce monde… pour accéder au Grand Nirvana Pastel.
Celles de Larbi attiraient occasionnellement un canard perdu.
Quant à Cazim, ses adeptes étaient principalement des gens venus chercher un endroit à l’ombre.
La guerre commença à cause d’un bâton d’encens. Norbert affirma que Cazim lui avait volé ses réserves afin d’alimenter sa tente. Cazim répondit que l’encens appartenait à l’univers.
Larbi déclara que l'océan lui avait annoncé ce conflit depuis plusieurs semaines.
Dès lors, les hostilités commencèrent.
Norbert placarda dans tout YaniLand des affiches sur lesquelles on pouvait lire :
« LA BANANE MENT. »
Cazim répliqua avec des tracts affirmant :
« L’OCÉAN DE LARBI N’EXISTE PAS. »
Larbi distribua des coquillages peints sur lesquels était inscrit :
« LES LUNETTES EN CŒUR CONTRÔLENT LES PENSÉES. »
Personne ne comprenait. Personne ne demandait d’explications. Les habitants se contentaient de ramasser les papiers afin d’allumer leurs cheminées.

Très rapidement, les trois gourous commencèrent à espionner leurs activités.
Norbert se cachait derrière des buissons.
Larbi observait les tentes avec une longue-vue fabriquée à partir d’un rouleau de papier.
Cazim recrutait des pigeons qu’il considérait comme des agents de renseignement. Les pigeons refusèrent....
Un soir, Cazim s’introduisit dans la tente de Norbert afin de voler plusieurs paquets d’encens.
Il remplaça également les étiquettes par des messages écrits à la main :
« Cet encens soutient secrètement Larbi. »
Norbert entra dans une colère terrible.
Il accusa immédiatement les marées.
Le lendemain, Larbi découvrit que quelqu’un avait déposé des bananes autour de sa coquille sacrée.
Il y vit une menace.
Ou un avertissement.
Ou peut-être une prophétie.
Il n’était pas certain.
En représailles, il passa plusieurs nuits à mouiller les paillettes de Cazim avec l’eau de la rivière afin de « purifier les énergies ».
Cazim parla immédiatement d’attentat spirituel.
La situation devint incontrôlable.
Norbert organisa une manifestation contre les fruits et déclencha une phobie des bananes.
Il marcha seul dans les rues avec une pancarte :« LES BANANES NOUS OBSERVENT. » Larbi organisa une marche silencieuse en faveur des océans. Il était seul également. Ce qui simplifia énormément le silence. Et Cazim convoqua une grande réunion d’urgence sous sa tente afin de dénoncer les dérives des deux autres gourous. Personne ne vint.

Les trois gourous s'accusèrent mutuellement d'espionnage. Une grande conférence fut organisée sur la place du village.
Norbert arriva dans un nuage d'encens, Larbi avec une toge blanche cousu de multitude de moule (l'odeur inclus) et Cazim avec sa banane suspendue à une charrette.
Pendant quatre heures, ils s’accusèrent de manipuler les esprits, de falsifier les prophéties, de détourner les énergies et d’entretenir des liens douteux avec les pigeons. Personne ne les écoutait. Finalement, la mairesse Jeanette intervint. Elle regarda les trois gourous, puis dans le plus grand des calme demanda :
- Vous êtes conscients qu’aucun de vous n’a de fidèles ?
Un silence immense s’installa. Et Norbert prit la parole.
- C’est précisément ce qu’ils veulent nous faire croire.
- Les eaux m’avaient prévenu. rajouta Larbi en hochant la tête

La guerre prit fin quelques semaines plus tard.
Pas grâce à la paix. Pas grâce à la sagesse. Simplement parce qu’ils avaient oublié pourquoi ils se disputaient. Aujourd’hui encore, ils continuent à se surveiller. Et lorsque quelqu’un demande aux habitants de YaniLand ce qu’ils pensent de cette guerre spirituelle, ils répondent généralement :
« Quelle guerre ? »
Car il est extrêmement difficile de diriger une guerre de religions lorsque les trois camps comptent moins d’adeptes qu’un club de tricot abandonné.




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